SUDOUEST-EMPLOI, l'emploi près de chez vous

13.12.2016

Une nouvelle manière de recruter… sans CV

Aujourd'hui, il paraît impossible de passer la porte de sa future entreprise sans un CV bien fourni et une lettre de motivation propre. Quoique un peu hypocrite !

Aujourd'hui, il paraît impossible de passer la porte de sa future entreprise sans un CV bien fourni et une lettre de motivation propre. Quoique un peu hypocrite ! Ces étapes préalables au recrutement laissent peu de chance au public qui a connu des accidents de parcours ou peu à l’aise avec ce protocole. Un dispositif expérimenté en Gironde permet de mettre en relation demandeurs d’emploi et entreprises qui peinent à recruter. 

Pour aider un public précaire, bénéficiaires des minima sociaux notamment, à accéder à l’emploi, le Conseil départemental de Gironde et l’Europe financent l’expérimentation du Dispositif Développement de carrière et compétences (D2C) depuis 2013 en soutenant le travail de terrain de l’association Transfer qui œuvre pour l’intégration professionnelle durable. «Il y a beaucoup de suspicion vis-à-vis des profils peu qualifiés ou avec des qualifications anciennes, reconnaît Denise Greslard-Nédélec, vice-présidente du Conseil départemental chargée de l’insertion, mais aussi des mauvaises lectures d’offres d’emploi ou des problèmes d’orientation.» Pôle emploi collabore pleinement avec cette association et lui adresse du public car "certains demandeurs d'emploi ont des difficultés d'ordre social et nécessitent un accompagnement différent", ajoute Benoît Meyer directeur territorial de Pôle emploi. 

«La singularité du dispositif est de coupler une offre de services ressources humaines – ce qui permet d’aider à mettre en place des projets de recrutement ou de chercher le marché caché – et une aide aux demandeurs d’emploi», détaille Olivier Foschia, chef de projet D2C à Transfer. Son équipe va à la rencontre des entreprises et les soulage pour la diffusion d’offres, la recherche des candidats… Parfois, l'enjeu est d'expliquer aux entreprises qu'il faut regarder ce que les gens sont capables de faire et de les aider à élargir le recrutement", précise Benoît Meyer de Pôle emploi. Le recrutement est également abordé d’une manière différente : «L’entretien d’embauche est remplacé par une visite du site, une expérimentation du poste… Il ne s’agit plus d’un examen.» Du côté des candidats, il s’agit surtout de faire ressortir leurs compétences. «Les entreprises reconnaissent que sans cette démarche, elles ne se seraient pas intéressées aux collaborateurs retenus, explique Olivier Foschia, on connaît bien les deux parties et on peut faire du tricotage».

 

533 contrats signés en Gironde

Il existe bien une offre et une demande, mais entre les deux un maillon manquait. Le dispositif D2C entend combler ce vide. Et les premiers résultats sont probants. L’association Transfer rencontre les demandeurs d’emploi et travaille avec eux sur leurs compétences et leurs souhaits. D’un autre côté, elle diagnostique les besoins des entreprises ; elle cherche à répondre à la problématique de chacune des deux parties. La première expérimentation (lancée en 2013 dans le secteur des Hauts-de-Garonne) ayant convaincu la collectivité, une nouvelle a été reconduite en juin 2014 dans le sud Gironde et dans les Graves. 551 entreprises ont été accompagnées et 533 contrats de travail signés pour des postes aussi divers que jardinier, employé de libre-service, câbleur, employé de librairie, éducateur, consultant… Laetitia Dall’Ara, directrice de l’agence aide@venir à Créon est passée par Transfer pour ses recrutements. Le volet social de la démarche l’intéressait particulièrement. «Je marche beaucoup à l’instinct et l’association nous propose des profils, même dans l’urgence, ça peut aller très vite.» Pour elle, ce dispositif est à la fois social et efficace. Elle a ainsi recruté deux personnes à Créon. Pour la moitié des profils présentés, la greffe a pris. Sylvie a été recrutée en CDI en septembre. Après 17 ans d’expérience dans des maisons de retraite, elle se retrouve sans emploi à 50 ans. Une situation qui dure trois ans. «Je n’avais pas les diplômes, j’étais trop âgée…», explique-t-elle. Via Pôle Emploi, elle a été orientée vers Transfer. En deux semaines, elle a été recrutée. «L’approche est différente, j’ai rencontré le patron et j’ai dit ce que j’aimais faire.»

Tous les candidats ne décrochent pas un CDI en quelques semaines, «certains repartent en formation, retrouvent un autre emploi par leurs propres moyens… Cette démarche leur donne une dynamique», commente Denise Greslard-Nédélec.

Transfer vient de présenter ce dispositif développé en Gironde devant l’accélérateur d’innovation sociale, une des mesures-phares de lutte contre le chômage de longue durée mises en place par le gouvernement.

 

 

Retour en haut de la page