SUDOUEST-EMPLOI, l'emploi près de chez vous

14.02.2013

SCIENCES PO SE REND ACCESSIBLE

ETUDES / Le dispositif « Sciences Po, je le peux parce que je le veux » encourage les élèves de 23 lycées aquitains

catherine darfay

c.darfay@sudouest.fr

«Sciences Po ? Je savais à peine ce que c'était. Je n'y aurais sans doute pas pensé toute seule. Et ce qui est sûr, c'est que je n'y serais jamais arrivée sans la prépa. » Étudiante en première année à Sciences Po Bordeaux, Clémentine Moncla ne parle pas de ces prépas privées qui fleurissent avant le très sélectif concours d'entrée que passent en avril les futurs bacheliers. 2 000 inscrits, 1 700 qui finissent les épreuves et… 100 reçus seulement, c'est chaud.

Dans son lycée d'Orthez, l'an dernier, Clémentine, a en fait bénéficié du dispositif « Je le peux parce que je le veux », dit « JPPJV ». Le principe ? Simple. « Il y a quelques années, on s'est aperçu que, parmi les candidats, les Aquitains étaient devenus minoritaires derrière les Franciliens. Surtout, ils venaient toujours des mêmes lycées bordelais, alors que certains établissements n'en envoyaient jamais ! Il s'agissait donc d'encourager tous les autres et de leur permettre de se préparer dans de bonnes conditions », expose Jean Petaux, enseignant et responsable de la communication à Sciences Po Bordeaux.

CENT REÇUS

Ce qui finit par faire du monde : dans 23 lycées embarqués dans l'aventure JPPJV, 1 000 nouveaux bacheliers ont passé le concours depuis 2006 et près de 100 l'ont eu. Joli score. « On a absolument refusé la discrimination positive et les quotas qui estampillent les élèves en fonction de leur origine. Et il n'y a eu aucune baisse de niveau », assure Anne Gaudin, directrice des études. En revanche, les Aquitains sont désormais plus nombreux que les Parisiens. Et 52 % des intéressés sont boursiers, contre 28 % sur l'ensemble des étudiants de Sciences Po. Un bon point pour la mixité.

Il a fallu que tout le monde s'y mette. Ibrahim N'Diaye, chargé de mission JPPJV, est en contact permanent avec les lycées concernés et s'y déplace régulièrement avec sa grosse valise chargée de brochures et de corrigés du concours. La Région finance l'opération, désormais labellisée « Cordées de la réussite » par le ministère de l'Éducation nationale et soutenue par l'Agence nationale pour de l'égalité des chances (Acsé).

TOURNEE DANS LES LYCEES

Les profs des lycées consacrent un mercredi après-midi par semaine à la préparation de leurs élèves pour les épreuves d'histoire-géo, de langues et de culture générale. Avec le soutien de leurs collègues de Sciences Po, qui enrôlent à leur tour des étudiants comme Clémentine pour prêcher la bonne parole à l'occasion de « marathons » en minibus dans certains bahuts.

La semaine dernière, c'était à Lescar (64) et Aiguillon (47), les nouveaux de l'année, en plus de Mont-de-Marsan, Marmande et La Réole. 500 kilomètres, des kilos de documents trimballés par Ibrahim N'Diaye dans sa fameuse mallette, un petit film sur le projet d'extension de Sciences Po qui permettra d'accueillir 3 000 étudiants en 2025, contre 1 300 aujourd'hui. Et des arguments bien rodés. Pour Jean Petaux, c'est toujours le même. Comme une évidence : « 100 % des lauréats ont tenté leur chance : ne vous censurez pas ! » Avant que Quentin Larroque, aujourd'hui en 4e année, n'enfonce le clou : « Si Petaux ne vous convainc pas parce que c'est un adulte, croyez-moi quand je vous dis de vous faire confiance. Dans mon lycée, à Mont-de-Marsan, on était quatre à passer le concours. Le seul collé l'a été parce qu'il n'y croyait pas vraiment. »

À Mont-de-Marsan, justement, le lycée Despiau est un des bons élèves de l'opération. Florence Lamothe, la prof d'histoire-géo, recrute les futurs candidats dès la seconde et met les parents dans le coup grâce à des réunions.

L'ACCENT DE SAINT-SEVER

Mais, même là, les étudiants livrent de précieux tuyaux. Clémentine : « Vous allez voir, le jour des épreuves, certaines filles font un vrai défilé de mode et il y a des Parisiens qui disent très fort qu'ils ont lu ''Le Monde'' à l'aube. » Réaction de la prof : « Eh bien, vous répondrez que vous, vous avez lu le ''Financial Times''. Dit avec l'accent de Saint-Sever, ça devrait les sécher. »

En effet, en plus du concours « normal », les lycéens montois vont tenter la filière anglaise. Même leur plan B a de l'ambition : si ce n'est pas Sciences Po, ce sera une classe prépa. Éventuellement pour tenter le concours l'année suivante.

L'impact positif de JPPJV sur les mentions au bac et sur la poursuite des études supérieures éventuelles à l'université n'a pas encore été mesuré avec précision. Mais c'est bien un des enjeux de l'opération, à l'heure où l'échec des premières années en fac effraie les familles. Quant à l'année de mobilité obligatoire en deuxième année, parfois pour des destinations aussi « exotiques » que Buenos Aires ou Istanbul, sa perspective peut être un frein quand, vu de Lescar ou de Fumel, Bordeaux est déjà loin. « C'est ce qui fait le plus peur aux parents, d'où l'importance de les impliquer », confirme Faustine Labatut, en 3e année, passée par le lycée Val-de-Garonne à Marmande.

Avec sa copine Camille Bordes, elle a même monté un groupe Facebook pour soutenir les préparationnaires de leur ancien bahut. Parmi eux, Sofiane et Romain font chaque mercredi la route d'Aiguillon où le lycée vient tout juste de rejoindre le dispositif. Un sacrifice ? Même pas. « C'est juste que les grandes études, on croyait que ce n'était pas pour nous. Là, on découvre que c'est accessible. »

Retour en haut de la page