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20.06.2016

Sage-femme

Métier médical de l'intime

Profession médicale à compétence limitée, la sage-femme joue un rôle primordial dans la vie de la femme. Isabelle Deputier exerce en libérale et accompagne les accouchements à domicile.

«Un accouchement à la maison, ça ne se raconte pas, ça se vit. C’est une ambiance, c’est la magie du moment», raconte Isabelle Deputier, 53 ans, sage-femme libérale et accoucheuse à domicile.

La «sage-femme», c’est littéralement «le savoir sur la femme», d’où un métier féminin à 99%. Question de légitimité : «On comprend mieux le corps d’une femme quand on est soi-même une femme : la douleur des règles, les contractions, la mise au sein, etc. Quand on l’a vécu, on peut mieux l’expliquer. Il y a aussi le rapport à son corps, à la pudeur : il est plus facile d’avoir affaire à une femme pour un acte aussi intime. Souvent les hommes se concentrent sur des actes plus techniques, gynécologiques (échographie, césarienne, etc.)… et d’encadrement !»

Profession médicale à compétence limitée, la sage-femme assure l’accompagnement et le suivi gynécologique de la femme de la grossesse (consultations médicales, préparation à l’accouchement) à l’accouchement, jusqu'au suivi post-natal du premier mois pour l’enfant (vaccinations…) et la mère (rééducation périnéale…). Avec notamment l’accompagnement à l’allaitement : «Les mères ont beaucoup de questions.»

Mais une sage-femme effectue aussi toutes sortes de petites consultations gynécologiques : pause de stérilet, frottis, etc. Elles ont un droit de prescription des médicaments qui concerne leur domaine de compétence, comme les antibiotiques pour une infection urinaire, jusqu’à la morphine ; la prescription médicamenteuse de l’IVG, de toutes les contraceptions et des vaccins.

Pour exercer, il faut faire une première année de médecine et valider le concours d’entrée à l’école de sages-femmes. S’en suivent quatre années d’études hospitalières «qui sont en train de bifurquer vers l’université», explique Isabelle, pour obtenir son diplôme d’Etat. «On est assimilées à Bac + 5, mais on ne l’est pas encore. Au niveau salarial, on n’est pas non plus reconnues à notre compétence, y compris dans les hôpitaux.»

La place du père

Vingt ans d’exercice à l’hôpital Pellegrin à Bordeaux, des rencontres avec notamment des femmes étrangères ayant d’autres pratiques et une démarche intellectuelle visant à chercher d’autres modes de naissance, ont conduit Isabelle Deputier, il y a 13 ans, à s’installer en libérale et à proposer l’accouchement à domicile, acte peu répandu dans notre pays puisqu’elles ne sont qu’une quarantaine à le faire, contrairement aux pays nordiques. (30% des femmes accouchent à la maison aux Pays-Bas.)

Aujourd'hui, Isabelle Deputier n’a ni jour ni nuit ni week-end et peu de vacances, mais la passion et le militantisme chevillés au corps qui font déplacer les montagnes. Et un objectif : défendre les femmes et les bébés d’abord, mais aussi les pères. Car dans son cabinet sis à Mérignac, les hommes sont impliqués. «J’exige leur présence. La démarche d’un bébé, c’est un couple, c’est l’amour. Un homme bien préparé à l’accouchement de sa femme est le meilleur soutien qu’elle puisse avoir. Si elle lui fait confiance, elle se fera confiance à elle aussi et elle accouchera bien partout, quels que soient la situation et l’endroit.»

Tout commence par un entretien de couple avec une écoute générale où les (futurs) parents confient leurs désirs, leurs peurs, etc. Elle explique alors le parcours probable, le suivi médical très strict et rigoureux : les rendez-vous une fois par mois, puis tous les 15 jours entre 5 et 8 mois de grossesse pour la préparation à l’accouchement et le monitoring une fois par semaine durant le dernier mois. «La surveillance est très rapprochée afin de s’assurer que tout se passe bien jusqu'au dernier moment.» Et toutes ont une inscription en maternité.

Certains couples choisissent le suivi et l’accouchement dans une maternité. D’autres optent pour une mise au monde à domicile. Ce qui compte, c’est avoir le choix.

«Le suivi médical permet de déterminer au fur et à mesure les femmes qui pourront potentiellement accoucher à la maison. Mais il n’y a pas de certitude.» Isabelle s’occupe de 120 femmes par an pour des suivis globaux dont 15 devront accoucher à la maternité, suite à des complications de grossesse (diabète gestationnel, risques hémorragiques, sièges, etc.).

Chacune de ses patientes a son numéro de portable et peut l’appeler à tout moment. «Il faut redonner confiance aux femmes, en leurs capacités extraordinaires. Elles ont un corps magnifique. La douleur n’est pas une entrave ; elle guide, fait se positionner. L’accouchement, c’est comme une épreuve sportive : si tu es préparé, tu y arrives.»

Un rapport de confiance, de complicité et d’écoute très fort se tisse entre sage-femme et patiente. «Le métier demande une empathie colossale. On n’a pas de jugement de valeur et beaucoup d’écoute.»

Et de conclure : «Le but, ce n’est pas de naître à la maison sans péridurale ; c’est de vivre un événement magnifique. Même si tu as finalement une césarienne à l’hôpital ! Peu importe où la femme accouche : je veux la mettre en confiance quant à ses capacités et la préparer à toutes les perspectives.»

 

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