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14.06.2016

Professeur des écoles :

valoriser les réussites

On connaît tous les professeurs des écoles, ne serait-ce que parce que tout le monde a été élève. A 35-40 ans, beaucoup choisissent cette voie pour se reconvertir. Il faut avoir un Master (Bac + 5) puis passer le concours, dans le public ou le privé. En quoi consiste réellement ce métier ? Réponses avec Claire Idiart en charge d’une classe de TPS-PS (Très petite section-Petite section) à l’école maternelle Notre-Dame à Bordeaux.

 

En accueillant des enfants de 2 ou 3 ans, en quoi consiste votre rôle ?

On apprend aux enfants à devenir élèves. Ce qui signifie « apprendre à vivre ensemble », respecter les règles de la classe mais aussi de l’école, du matériel et de tout le personnel : ATSEM, dames de cantine… On leur apprend aussi à « apprendre ensemble », construire du savoir ensemble : à plusieurs, ils peuvent faire un puzzle plus gros et plus compliqué.

 

Les enfants ne vous confondent-ils pas avec leur maman ?

Jamais, même s’ils peuvent parfois m’appeler « maman » par réflexe. Je suis la référente de l’école et des règles. Même si on est attachés les uns aux autres, on n’a pas ce rapport affectif du quotidien et les enjeux qui peuvent rentrer en ligne de compte, comme le chantage affectif. Ils sont 30, il y a des règles, et il faut s’occuper de tout le monde, ce qu’ils finissent par comprendre. Ils m’appellent par mon prénom, « Maîtresse » ou « Maîtresse Claire » et ils me tutoient. Cela favorise la promiscuité et l’adaptation à l’école car ils sont encore petits. C’est plus tard, quand ils grandissent, qu’ils ont besoin du vouvoiement.

Comment se fait-on respecter ?

Il est indispensable de maintenir l’autorité, sinon on ne peut pas transmettre le savoir. J’encourage beaucoup le positif. Je ne donne que très rarement des récompenses parce qu’il faut qu’ils apprennent à être simplement contents d’eux-mêmes. C’est important car plus tard, ils n’auront pas une récompense pour chaque travail réussi. Mais on va se taper dans la main, faire des checks. Si un enfant a vraiment fait des efforts ou réussi quelque chose, on l’applaudit. Tout le monde participe.

Si ça se passe mal, l’enfant se met un peu à l’écart pour réfléchir à ce qu’il a fait, regarder comment les autres font. Après quelques minutes d’observation et de réflexion, il revient, nous dit son ressenti et nous le nôtre. Si c’était un problème avec un autre enfant, il doit s’excuser pour réintégrer le groupe. Et ensuite on repart sur de bonnes bases. Il faut répondre à chaque demande, même si c’est par un petit mot, car ils ont besoin d’être écoutés. On ne peut pas leur dire « ce n’est pas grave ». On est aussi là pour leur apprendre à gérer leurs conflits tout seuls en utilisant les mots pour éviter les maux.

Comment travaille-t-on avec 30 élèves aussi petits ?

On valorise les réussites. En maternelle, ils arrivent tous avec ce qu’ils savent et c’est forcément très divers. L’un est passionné par les formes ou les couleurs... Nous utilisons ce qu’ils aiment pour élargir leur horizon et développer d’autres capacités. Les enfants d’aujourd’hui sont très stimulés. Ils sont attentifs à plein de choses en même temps et ils ont tendance à papillonner ; on doit leur apprendre à se focaliser sur leur travail. Mais différentes activités sont organisées et une fois leur atelier fini, ils peuvent choisir celui qu’ils aiment.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

J’adore travailler avec les enfants : on se sent utile. Essayer de valoriser chacun tel qu’il est, dans ce qu’il sait faire ; valoriser les réussites, c’est vraiment ce qui me plaît. J’aime le travail en équipe avec les autres collègues : on fait partie d’une entité. Le rôle de l’ATSEM est important : elle seconde la maîtresse, prépare les ateliers, s’occupe du matériel, etc. J’apprécie aussi beaucoup les échanges avec les parents, très fréquents en maternelle. En début d’année, ils ont besoin d’être rassurés : certains pleurent autant que les enfants. La clé, c’est de communiquer. Et de ne pas mettre la pression sur les enfants avec la propreté et le travail ! L’idéal, c’est d’amener la rentrée en douceur : t’es grand, tu vas à l’école, c’est super. Tu vas apprendre plein de choses, tu vas avoir plein de copains ! Et éviter d’en parler tout l’été, parce qu’après les enfants s’en font tout un monde. Par contre, Il est important de préparer la rentrée avec les nouveaux vêtements, crayons… C’est un petit rituel de plaisir pour bien commencer l’année !

Des conseils ?

Ne pas faire ce métier pour finir tôt et avoir des vacances. Il y a une différence entre l’idée que l’on se fait du travail et la réalité du métier. On ne peut pas arriver comme un touriste et faire de la pâte à modeler avec les enfants. Il y a du sens derrière les apprentissages. De toute façon, les enfants n’adhèrent pas à une activité qui est improvisée. Le travail de préparation à la maison est indispensable. Et il faut être en forme pour être tout le temps disponible, on est en permanence sollicité. Pendant la sieste, je donne des cours d’anglais en primaire. Durant la pause déjeuner, il y a l’aide personnalisée et les conseils des maîtres. Enfin, on travaille dans un environnement sonore élevé et… avec beaucoup de virus ! Mais ensuite, notre seuil de tolérance au bruit et nos anticorps sont particulièrement élevés !

 

 

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