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04.07.2016

Les voies de l'illustration

Montrer son travail

Mathieu Leyssenne est illustrateur. Pas de chemin tout tracé pour entrer dans ce métier, mais un seul CV : le book !

«La façon dont on arrive dans ce métier est très personnelle», constate d’emblée Mathieu Leyssenne, illustrateur basé à Talence (33). Il a commencé en 1999, salarié dans une entreprise en région parisienne qui créait des interfaces de jeux vidéo pour PlayStation ; aujourd'hui, il est indépendant, illustrateur de jeux de société et de livres jeunesse. Sur sa tablette graphique, il travaille notamment sur l’extension du jeu de société «Jamaïca» (2007) de l’éditeur suisse Game Works, gros succès commercial qui lui a permis d’avoir une belle carte de visite.

Les grandes lignes du parcours d’un illustrateur sont souvent semblables : études, démarcharge auprès des éditeurs ; puis des travaux publiés entraînent des sollicitations d’autres éditeurs, et de fil en aiguille, un chemin se profile.

«Mais il ne faut pas s’imaginer que ça vient tout de suite, prévient Mathieu. Il y a un délai entre le moment où l’on commence son activité et celui où l’on peut éventuellement en vivre. C’est délicat de se lancer bille en tête là-dedans. Il m’a fallu trois ans pour vraiment vivre de mon travail. Mais c’est variable : au-delà du simple fait d’avoir ou pas du talent, il y a aussi la chance parce que tu démarches les bonnes personnes au bon moment, etc. Si je n’avais pas été licencié économique avec le chômage, je pense que je n’aurais jamais pu me lancer. Beaucoup commencent en ayant un autre travail à côté et gèrent deux activités. Les débuts sont délicats… ce qui ne veut pas dire que tout est facile ensuite !»

Montrer son travail

Par contre, il y a un avantage incontestable lié au dessin : «On n’est jamais jugé sur son CV et les études suivies, mais sur le book. A partir du moment où tu présentes de jolis dessins, peu importe que tu aies le bac ou que tu aies fait telle école. Tu as envie de travailler avec quelqu'un parce que son univers graphique t’intéresse, parce qu’il apporte des choses visuellement intéressantes. Ce qui n’empêche pas de suivre certaines formations. Cela peut être très intéressant pour un jeune dessinateur, car il y a des écoles de qualité qui aident à développer des techniques, etc. Moi, je n’aurais pas pu faire ce métier sans les études car le dessin est une discipline qui demande énormément de travail. J’avais besoin d’un encadrement, d’un prof qui me dise "Tu me rends ça pour lundi", que l’on me pousse. Mais on n’est pas tous pareils. Certains sont autodidactes. Ils ont développé leur univers et sont devenus très forts sans avoir besoin d’encadrement.»

Un autre point important : montrer son travail et voir celui des autres. En 2003, Mathieu découvre le forum Café salé sur Internet, qui permet de montrer ses illustrations, d’échanger avec d’autres dessinateurs. « ous les illustrateurs un peu connus dans le jeu de société français aujourd'hui sont passés par Café salé. Les éditeurs qui m’ont contacté ont vu mon travail sur ce forum. Cela crée du copinage, des échanges d’informations, des contacts, etc. Ça aussi, c’est important. Non pas d’avoir un réseau pour avoir un réseau, mais d’avoir des gens avec lesquels on s’entend bien et qui sont aussi de la partie.»

Surtout lorsqu'on démarre, Il faut avoir son book, mais aussi son site Internet, fréquenter des forums, des réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn), blogs (tumblr, blogspot), Behance, etc. «Mais c’est du boulot ! Il faut aimer ça !», reconnait Mathieu qui peut aujourd'hui se permettre d’être moins présent.

«Ce sont des métiers tellement particuliers qu’il ne faut pas hésiter à rencontrer des professionnels. Les illustrateurs peuvent orienter vers les bonnes écoles si on a envie d’en faire.» Mathieu Leyssenne en sait quelque chose lui qui, lycéen, voulait faire des effets spéciaux au cinéma et s’est retrouvé à faire de la gestion informatique dans un IUT, qu’il a abandonné pour une école d’arts appliqués à Nantes, section design industriel et graphique. «Je voulais apprendre à dessiner, mais je n’étais pas dans la section la plus adaptée, car faire des objets réels en fonction de contraintes de fabrication ne m’intéresse pas. Mais J’aime le design pour la façon de concevoir les objets, le processus créatif. Forme, matière ou couleur, rien n’est fait au hasard. Il y a toujours une raison (ergonomie, coût de fabrication, etc.). On doit avoir un processus mental, s’interroger, ne pas faire les choses bêtement, uniquement parce que c’est joli.» Ce qu’il retrouve aujourd'hui dans l’illustration de jeux de société où le dessin est lié à l’ergonomie du jeu. Son travail commence donc d’abord par jouer au jeu qu’il va illustrer afin d’en maîtriser les tenants et aboutissants et faire ainsi les bons choix. «Quand on illustre les cartes, les personnages, il faut penser à la façon dont on va pouvoir jouer avec les éléments.»

Et de conclure : «On a tous à gagner à parler ensemble, même au-delà de la formation. Quand j’ai commencé, je ne savais pas du tout comment ça fonctionnait : les droits d’auteur, les prix, les devis, ce qu’il fallait demander, le fonctionnement de la Maison des artistes, etc. A moins d’avoir des copains qui sont déjà dans le métier, un illustrateur est très isolé.»

 

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