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11.02.2011

Les salaires augmentent en moyenne de 1% par an

Un rythme de croissance faible qui pourrait se prolonger. Entretien avec l'économiste Guillaume Allègre

Guillaume Allègre (1). Ils ont peu augmenté, en grande partie parce que la valeur ajoutée produite par l'économie française a peu progressé. Depuis les années 80, la croissance de la valeur ajoutée tourne autour de 2 % par an en plus de l'inflation. Celle des salaires nets autour de 1 % par an environ, du fait de l'augmentation des cotisations sociales.

Toutes les catégories de salaires progressent-elles au même rythme ?


Contrairement à ce que l'on entend dire parfois, on ne remarque pas de gros changements dans la structure des salaires. Une façon de mesurer cette relative stabilité est de comparer les 10 % des plus hauts salaires aux 10 % des plus bas. Si l'on fait ce petit calcul, on se rend compte que le ratio est stable depuis vingt ans. Il est de l'ordre de 3. C'est-à-dire que les 10 % des plus hauts salaires gagnent trois fois plus que les plus bas. Il n'y a que le 1 % des plus hauts salaires qui augmente un peu plus vite que la moyenne. Ils représentent aujourd'hui 6,5 % de la masse salariale totale contre 5,5 il y a vingt ans. Il y a donc eu beaucoup moins de changements que dans d'autres pays de l'OCDE, et notamment aux États-Unis où les plus riches ont capté l'essentiel de la croissance. Aux États-Unis et dans certains pays an- glo-saxons, on a ainsi pu assister à une explosion des inégalités. On ne la retrouve pas dans les statistiques françaises.

Le nombre de salariés payés au smic est-il en hausse, et assiste-t-on à un phénomène de tassement des bas salaires ?

Depuis 2006, en l'absence de « coup de pouce », le smic augmente moins vite que le salaire horaire brut ouvrier, après avoir progressé plus vite pendant plusieurs années. Suite aux lois sur la réduction du temps de travail, il y avait eu plusieurs « coups de pouce » sur le smic horaire. On avait alors observé que le nombre de personnes concernées par le relèvement du smic devenait de plus en plus important. Le maximum a été atteint en 2005, avec 16,3 % des salariés. C'est à ce moment-là que l'on a constaté un tassement des salaires. Mais en 2010, 9,8 % « seulement » des salariés ont bénéficié des relèvements du smic. Le réétirement des salaires a repris à partir de 2006. Voilà comment la part des salariés concernée par le smic a réduit d'un tiers depuis cinq ans.

Les salariés peuvent-ils espérer un retour à des augmentations plus conséquentes ?

Quand on a 9 % de demandeurs d'emploi et que le chômage augmente, la situation n'est pas favorable pour les salariés, qui ont for- cément du mal à négocier des augmentations. Si l'État veut que la part des salaires dans la valeur ajoutée augmente, il doit faire reculer le chômage. S'il diminue, les salariés auront alors un pouvoir de négociation plus élevé. Mais cela va être très difficile si l'on ne change pas de politique. On peut regretter que les pays européens n'aient pas mis en place un plan de relance plus volontariste et que l'on n'ait pas pris des mesures pour soutenir l'emploi.

Va-t-il alors falloir se résoudre à voir les salaires progresser au rythme actuel ?

Les salaires nets progressent de 1 % par an. Ce n'est pas beaucoup et les gens ont parfois l'impression de s'appauvrir. Dans les années 50 à 70, la progression était nettement plus élevée. Cette époque de rattrapage économique est sûrement bien révolue. On peut penser que la situation actuelle va durer. À l'avenir, les salaires ne vont sans doute pas augmenter plus vite qu'aujourd'hui. Les 20 ou 30 prochaines années risquent plus de ressembler aux 20 dernières qu'aux Trente Glorieuses. Dans ce contexte, il faut essayer de trouver un nouveau modèle social qui assure le plein emploi et s'efforce de réduire les inégalités, que notre faible croissance actuelle révèle.

(1) Économiste à l'OFCE, centre de recherche en économie de Science Po.

Auteur : Pierre Tillinac

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