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01.06.2016

L'auto-entreprise : pas si simple

Un tremplin ou un complément, mais pas une finalité

Vous avez un projet en tête depuis quelques temps : fabriquer des bijoux, faire des soins à domicile, vous lancer dans la mécanique ou dans le transport ? Vous pouvez tester votre idée, le marché et vous ouvrir les portes de entrepreneuriat. L’auto-entreprise - micro-entreprise dorénavant - s’adapte à plusieurs domaines d’activités et n’implique des charges que si vous réalisez un chiffre d’affaires. Simple et idéal. Ou presque. Car aussi petite soit-elle, il s’agit bien d’une entreprise. Et cela implique souvent des contraintes et des risques que le porteur de projet n’a absolument pas envisagés.

En dix secondes et quelques clics, vous pouvez devenir chef d’entreprise. C’est l’option choisie par 19613 habitants de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Mais après, que se passe-t-il ? En fait, c’est plutôt avant qu’il faut s’interroger. « Il faut se préparer comme pour n’importe quelle création d’entreprise : estimer un prévisionnel, étudier le marché et valider le choix du statut », rappelle Françoise Harriague, responsable du pôle guichet unique à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Bayonne. Se lancer sans se préparer, c’est prendre le risque de ne pas réaliser de chiffre d’affaire ou de ne pas anticiper certains frais. D’ailleurs à la CCI du Pays Basque, on constate qu’après deux-trois ans d’activité il y a un virage : soit l’entreprise change de statut car elle dépasse le plafond imposé par le régime (32 900 € pour les activités libérales et 82 200 pour le commerce), soit elle périclite. 

«Les micro-entrepreneurs sont désormais soumis à la cotisation foncière des entreprises (CFE, anciennement taxe professionnelle) et dans certaines villes de la côte basque, elle peut atteindre 500€ ! C’est pour cette raison que beaucoup d’entreprises arrêtent leur activité au bout de deux ans», précise Françoise Harriague. Depuis 2015, les micro-entrepreneurs ont dû payer la CFE à l’issue de leur deuxième année d’activité réelle. Une surprise pour bon nombre d’entre eux. Mathilde, graphiste, ne s’attendait pas à payer 137 € de CFE alors qu’elle travaille chez elle. Elle a fait quelques recherches avant de se résigner... à payer. « Elle est imputable à tous les micro-entrepreneurs et son montant dépend de la commune dans laquelle l’entreprise est installée. Au moment de la création de l'entreprise, l'existence de cet impôt est peu connu des créateurs», confirme Christophe Moretto, responsable du Centre de Formalités des Entreprises à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Bordeaux qui anime des réunions d’information à la CCI. «En règle générale, les porteurs de projet savent qu’ils ne paieront des charges que s’ils réalisent un chiffre d’affaire», relate Françoise Harriague. Le reste est un peu flou. Chômage ? Retraite ? TVA ? Déduction des charges ? Beaucoup de domaines restent à explorer (lire à savoir).

 

Un tremplin ou un complément, mais pas une finalité

Pour autant, l’attrait pour ce statut se maintient : au niveau national, en mars 2016, les demandes d'immatriculation de micro-entrepreneurs représentent 41,5 % des entreprises créées au cours des douze derniers mois. Un an auparavant, la part était de 49,9 %. Localement, l’Insee constate qu’à fin juin 2015, le nombre d’auto-entrepreneurs dans le Poitou-Charentes s’établissait à 28 100, soit 2 500 de plus sur un an (+ 10,1 %) et à 10 500, soit 800 de plus qu’en 2014 (+ 8,5 %) dans le Limousin. 

Respectivement 61,9 % et 61,4% d’entre eux ont déclaré un chiffre d’affaires positif au deuxième trimestre 2015. Bien informés, ils semblent que les micro-entrepreneurs tirent leur épingle du jeu. Se créer un travail à défaut d’en trouver un, éviter le RSA, avoir des horaires flexibles, arrondir ses fins de mois puisque vous pouvez être salarié et micro-entrepreneur, compléter sa retraite ou un mi-temps… Ce statut fait office de tremplin ou de complément, selon les situations. « Il permet de tester un projet ou de trouver un emploi sous forme de prestation de service », avance Françoise Harriague de la CCI de Bayonne. En effet, beaucoup d’entreprises ont recours aux micro-entrepreneurs. Plus souples et moins coûteux que des salariés. Mais, une activité en auto-entreprise seule n’est pas pérenne. Les seuils de chiffre d’affaire sont trop bas, tout comme les protections sociales. Et selon le projet, le régime risque de ne pas être adapté étant donné que  les charges ne sont pas déductibles et les clients ne peuvent pas récupérer la TVA, la micro-entreprise n'y étant pas soumise. « C’est idéal pour une activité qui implique peu de charges, mais si vous faites des investissements importants ou si vous payez un loyer ce n’est pas intéressant », prévient Christophe Moretto de la CFE de Bordeaux.

L’auto-entreprise vous aide à démarrer, mais sans préparation et anticipation, vous risquez vite de caler.

 

A savoir 

L’avantage principal pour le micro-entrepreneur est de ne être soumis à des charges tant qu’il ne réalise pas de chiffre d’affaire. Il s’agit de la (petite) partie visible de l’iceberg. Tous les micro-entrepreneurs doivent se soumettre aux obligations professionnelles et posséder un compte bancaire dédié à l’activité. L’immatriculation au répertoire des métiers (RM) ou registre du commerce et des sociétés (RCS) est obligatoire pour les commerçants et les artisans auto-entrepreneurs, y compris pour ceux inscrits avant le 19 décembre 2014 ; et tous les micro-entrepreneurs inscrits au répertoire des Métiers (artisans) doivent faire un stage préalable à l’installation. La formation est obligatoire pour les artisans. S’il n’y a pas de charges sans chiffre d’affaires, il n’y a pas également de droits à la retraite. Mais depuis cette année, il est possible de demander à payer les cotisations minimales afin de bénéficier d’indemnités journalières et d’acquérir des droits à la retraite. 

Plus d’informations sur www.federation-auto-entrepreneur.fr et www.lautoentrepreneur.fr

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