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12.07.2016

Domptez la Toile pour en faire une alliée

Et si l'entretien d'embauche commençait avant même de rencontrer le recruteur ?

La question est légitime car l‘étude "Recrutement & identité numérique : quelles pratiques ?", réalisée par la Maison de l’Emploi de Bordeaux en 2013 révélait déjà que 55 % des employeurs font des recherches en ligne pour se renseigner sur le candidat. Avez-vous déjà eu la curiosité de taper votre nom dans un moteur de recherche ? Aujourd'hui, il est nécessaire de se poser la question – et de faire le test – pour mettre toutes les chances de votre côté. La force d’une empreinte numérique positive est sous-estimée. 

Les actions des recruteurs sont raisonnées et justifiées. Pas de recherches intempestives, donc, si le CV est bien fourni. «Mais s’il n’est pas éclairant, reconnaît Bénédicte Ravache, secrétaire générale de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH), le recruteur va aller chercher des informations sur les médias sociaux. Si on cherche c’est qu’il y a une raison.» A priori pas d’enquêtes sur vos soirées entre amis ou vos habitudes de vacances, mais rappelez-vous tout de même que tout ce qui est lâché sur le net est potentiellement accessible à tous. Comme quoi ? Informations personnelles, commentaires, articles, contenus partagés… L’e-réputation est également constituée des citations et documents vous mentionnant. 

Que cherchent les recruteurs ?

Les entreprises qui approfondissent les recherches sur le net s’intéressent surtout aux informations qui confirment le CV, à votre implication dans votre métier et aux illustrations de vos réalisations. Ce dernier point est l’objet de la quête d’un recruteur sur deux. Selon l’étude réalisée par la Maison de l’Emploi de Bordeaux, le conseil/audit, l’informatique et le service public font partie des recruteurs qui vous «googlisent» le plus. A l’inverse, le tourisme, le service à la personne, la santé et le social s’intéressent peu à votre vie sur la Toile. Jamila Harizi, à la tête du cabinet de recrutement RHEASY à la Rochelle (17), estime que la première page de Google peut en dire long sur vous. Les photos, notamment. «Certains postes nécessitent une représentation, véhiculent l’image de l’entreprise… Pour une banque, j’ai eu une candidate qui avait des photos d’elle dénudée sur le net, ça ne passe pas», commente-t-elle. D'ailleurs, elle estime que c'est surtout la photo que l’on se doit de gérer. Attention à vos profils. Skype, notamment, utilisé aujourd'hui pour de nombreux entretiens. «J’ai déjà fait un entretien avec quelqu'un qui avait une photo de profil obscène qui datait peut-être d’une vieille blague entre copains…»

Faites de vous un expert

Faites du web votre tremplin. Plus vous entretiendrez votre image sur le web, plus elle contribuera à vous bâtir une solide e-réputation. Vous avez une expertise en photographie ? Révélez votre talent par Instagram. Graphiste ? Faites découvrir vos modèles sur des forums professionnels. Rédacteur ? Animez un blog. Spécialisé en économie ? Prenez la parole sur Twitter. Devenez un expert dans votre domaine. Et faites-le savoir. «Internet est une opportunité pour se démarquer, estime Bénédicte Ravache, car, en fonction des secteurs, le CV n’est pas toujours révélateur des compétences.» Book, photos, belle plume, pages personnelles agréables à lire, avec de belles photos… Sont des éléments qui démarquent une candidature. «Tout cela renvoie à des compétences», insiste Jamila Harizi. Pensez également à être cohérent. «Si vous avez un profil international, votre compte Linkedin doit être en anglais», ajoute Bénédicte Ravache. 

Il est difficile de déterminer l’impact réel de votre e-réputation sur le recrutement. Selon l’enquête de la Maison de l'Emploi de Bordeaux sur 222 employeurs du Grand Bordeaux, 33 % des répondants auraient déjà recalé des candidatures en raison de traces négatives trouvées sur internet, liées à des incohérences, une personnalité pas en adéquation avec les valeurs de la société, le savoir-être… A l’inverse 31 % d’entre eux auraient recruté un candidat en raison des traces positives trouvées sur le net grâce à un blog, des profils des réseaux sociaux illustrés et entretenus ou des commentaires pertinents… «Le profil doit être en adéquation avec le poste recherché», conseille simplement Jamila Harizi. Pascale Sabathier, responsable du cabinet de recrutement du même nom à Angoulême (16) reste sceptique sur cette pratique, qui, selon elle, est surtout liée à l’âge du recruteur. «Nous devons rester objectifs, nous préférons nous baser sur des tests que sur des informations personnelles qui dépassent le cadre de la mission entreprise.» Sentiment confirmé par sa consœur Jamila Harizi, qui ne fait des recherches qu’après avoir reçu les candidats. «On ne s’arrêtera pas aux profils sur le net, mais l’e-réputation est une force qu’il ne faut pas négliger.»

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