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19.04.2016

Décoratrice sur costumes, un métier sur-mesure pour Sonia

Les décorateurs sur costumes officient dans l’ombre mais ils voient leurs créations prendre vie sous les feux de la rampe, habitées par un artiste.

«J’aime cette magie du théâtre, le moment où l’on redécouvre son travail sous les feux des projecteurs : c’est un peu la surprise à chaque fois ! Car on est aussi tributaires de l’éclairage, de son intensité, de sa couleur... La lumière peut révéler un costume, un volume, comme elle peut l’éteindre totalement. C’est très subtil. Et c’est vraiment magique !»

Sonia Soussi est décoratrice sur costumes. Un métier découvert un peu par hasard, après une maîtrise en arts plastiques à Bordeaux, les Arts décoratifs de Strasbourg, section textile et matériaux souples, et un stage à l’Opéra national du Rhin. « Cela m’a plu d’emblée ! Voir ses créations vivantes, évoluer sur scène. Je n’avais pas envie de mener une carrière d’artiste. Pour moi, c’était plus concret et en même temps je me faisais plaisir. Puis j’ai eu ma première opportunité de travail, car tout se fait par réseau », explique Sonia, intermittente du spectacle mais dont l’activité reste précaire.

Elle a travaillé pour l’Opéra national du Rhin, l’Opéra Bastille à Paris, le théâtre Scala à Strasbourg et dans l’atelier Caraco à Paris, studio de création et de réalisation de costumes et de vêtements sur mesure pour les arts du spectacle et pour la haute couture, notamment pour les costumes en peau de bêtes du film RRRrrrr !!! d’Alain Chabat. Aujourd’hui, elle exerce son savoir-faire surtout dans l’atelier déco-costumes de l’Opéra national de Bordeaux.

Minutie et ingéniosité

«Il y a des moments où tu t’éclates vraiment ! Comme avec la tête de poisson, le sang, les écailles, etc. Elle a été conçue pour Orfeo, une coproduction de l’Opéra national de Lorraine et de Bordeaux notamment qui devrait être joué au Grand-Théâtre la saison prochaine. C’est un volume assez énorme qu’il faut adapter à la tête du comédien, qui doit pouvoir respirer, voir et chanter. Je me suis régalée ! » Mais le travail plus laborieux existe aussi comme avec les ailes dans Faust pour l’Opéra de Bordeaux : 400 plumes par paires d’ailes à fixer une à une, et trois ou quatre paires d’ailes.

Le décor sur costumes comprend la patine, ce qui donne un aspect mouillé, vieilli, tâché de sang, usé, brillant… ; l’ornement, comme la broderie ; ou encore, le trompe-l’œil. « Pour Cendrillon à l’Opéra du Rhin, j’avais une robe en lin toute simple sur laquelle j’ai peint de faux plis, de faux drapés, un faux corsage. » Et bien sûr, tout ce qui va accessoiriser le costume : bijoux, ceintures, plastrons, faux cols, chapeaux, coiffes, etc.

La spécialité de Sonia, c’est le volume comme les masques, les ailes ou les perruques en plastazote, une mousse thermoformable : en la chauffant, elle devient malléable et prend la forme souhaitée ; en refroidissant, elle se rigidifie. « On créé un volume adaptable aux différentes tailles ; la calotte sous la coiffe, réglable, permet de passer de la taille 52 à 62.»

«Ce métier comporte de véritables défis à relever : on travaille parfois sur de la restauration, mais la plupart du temps, ce sont des créations. Le costumier a fait un dessin crayonné et peint. A nous ensuite d’interpréter cette maquette tout en étant fidèle à son esprit, de trouver des solutions, des matières adéquats. Il faut que l’artiste puisse totalement s’approprier la coiffe, le costume ou le masque. L’objet fabriqué doit être résistant, confortable et en accord avec le choix du costumier.»

La décoration sur costumes requiert habileté, minutie, patience, polyvalence, ingéniosité et réactivité car le travail s’effectue souvent dans l’urgence. D’où un facteur stress à ne pas négliger.

«Il y a parfois des surprises, dans un sens comme dans l’autre. On peut passer des heures durant à fabriquer un objet pour ne le voir que deux secondes et demie sur scène, raconte Sonia avec un large sourire. Mais il peut y en avoir aussi de très bonnes ! J’ai été super satisfaite du rendu dans Dardanus à l’Opéra de Bordeaux il y a un an !»

 

Sandrine Chatelier

 

Pour en savoir plus sur les DMA (Diplôme des Métiers de l’Art) : http://www.letudiant.fr/etudes/ecole-art/ecoles-d-art-pourquoi-choisir-un-diplome-des-metiers-d-art.html

 

Crédits photos :

  • Sandrine Chatelier (pour le portrait de Sonia Soussi)

  • Commande de l’Opéra national de Bordeaux pour « Orfeo » (pour la tête de poisson).

 

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