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15.12.2014

Ces métiers dans le bâtiment qui peinent à recruter

Le marché de l’immobilier est en crise. Le nombre de logements neufs est retourné à son niveau le plus bas depuis 1950. En 2014, 300 000 logements ont été construits dans l’Hexagone, contre 330 000 l’année précédente, en raison du manque de terrains et de la hausse des coûts de construction. Résultat, en 2013, 25 000 postes dans le secteur de l’immobilier ont été supprimés. Pour autant, certains métiers dans le BTP cherchent sans cesse des candidats.

C’est le cas notamment du métier de foreur dédié aux fondations spéciales dans le bâtiment, ainsi que tous ceux qui l’entourent (maçon, géomètre…).  « On peut débuter dans ce métier, sans diplôme, comme manœuvre et devenir rapidement chef de chantier des forages, ce qui est très rare dans le BTP », met en avant Pascal Dubos, co-gérant de la société Canyon Investissements à Saint-Médard-en-Jalles, dans l’agglomération bordelaise, qui regroupe sept entreprises et 120 salariés. Une structure qu’il a créée avec Frédéric Badet, un ancien cadre de la société française Soletanche Bachy, leader mondial du secteur. Les fondations spéciales représentent le cœur de son activité et pèsent pour 20 des 32 millions d’euros dans son chiffre d’affaires annuel. Canyon Investissements intervient dans l’ensemble de la France, sur tous types de chantier et recrute difficilement des foreurs tous les ans.

Des salaires 30% plus élevés que dans les autres métiers du bâtiment

Mais le métier, qui n’est pas de tout repos, a souvent mauvaise image, car il faut travailler dans la boue, avec de la terre jusqu’aux genoux, et couverts de béton. Mais « c’est un métier où vous êtes votre propre chef, seul à prendre les décisions. Et un foreur a un salaire 3O% plus élevé que les autres salariés du bâtiment. Un chef d’équipe gagne environ 2 500 euros nets par mois, avec voiture de fonction, sans compter les indemnités de déplacement », précise Pascal Dubos, 45 ans, qui a commencé dans le BTP à 25 ans. Chaque année, il recrute au moins cinq foreurs. « Nous privilégions la formation interne. Les machines évoluent peu dans ce métier. Les techniques de forage sont sensiblement les mêmes depuis une dizaine d’années », indique-t-il. L’idéal pour les sociétés spécialisées dans les fondations spéciales est de trouver du personnel expérimenté, mais la transmission du savoir entre générations ne fonctionne guère actuellement. Alors que les chantiers, eux, ne manquent pas. Canyon Investissements a actuellement 18 chantiers en cours.

Un acteur majeur des opérations de la construction des ouvrages du génie-civil

Quentin Chevalier, 27 ans, par exemple, ne regrette pas son choix. Alors qu’il était destiné à se diriger vers les bureaux d’études de sols, après des études d’ingénieur en génie civil et en géotechnique à l’Université Bordeaux 1, Quentin a intégré Canyon Investissements il y a trois ans. Son CV a séduit Pascal Dubos. Il a fait de nombreux stages en France, en Amérique du Sud… dans des mines d’or ou encore pour les fondations de la cité du cinéma de Luc Besson à Paris. Sa double compétence fait de lui un acteur majeur des opérations liées à la production des ouvrages du génie-civil, tant dans la phase d’études que dans la phase constructive. Aujourd’hui, à Canyon Investissements, il travaille sur des chantiers tels que la LGV Tours-Bordeaux et précédemment sur l’agrandissement de l’autoroute Bordeaux-Bayonne.  « C’est pour moi un rêve de réaliser des fondations pour des ouvrages qui vont durer dans le temps », confie-t-il.

 Les compétences requises pour monter en grade

Quelles sont les compétences requises pour son poste ? « Il faut être endurant, savoir maîtriser le terrain, gérer les hommes, le planning, les achats de matériel, mais aussi les portefeuilles. Nous sommes des deux côtés de la barrière. Nous devons à la fois savoir nous vendre en tant que sous-traitant de grands groupes, mais aussi acheter au bon prix », explique-t-il. Quentin Chevalier ne se lasse pas de son métier. « Chaque jour, j’apprends quelque chose, car le sol n’est jamais le même et nous travaillons avec des sociétés qui ont des méthodes souvent différentes », précise-t-il. Canyon Investissements répond aussi bien à des chantiers publics que privés.

Un métier à valoriser

« Il faut absolument valoriser ce métier », insiste Pascal Dubos. « Je dis souvent à mes foreurs : soyez fiers de soutenir des routes, des rails, des ponts. Sans vous, ces ouvrages ne tiendraient pas » », lance Pascal Dubos. De quoi faire réfléchir les chômeurs qui songent à une reconversion. Selon un sondage Opinionway pour l'Afpa réalisé au mois de février en ligne et par téléphone auprès d'un échantillon représentatif de 5 008 Français, près de neuf demandeurs d'emploi sur 10 (88%) se disent prêts à suivre une formation pour un métier qui peine à recruter. Ils affichent une préférence pour le secteur des services. Mais 24% d’entre-eux songent aux métiers du bâtiment.

 La LGV Tours-Bordeaux, un chantier qui réinsère des chômeurs

Avec 300 km de voies nouvelles et 500 ouvrages d’art, c’est actuellement le plus grand chantier ferroviaire en Europe. Un investissement public-privé colossal de 7,8 milliards d’euros, dont les premières retombées économiques se font déjà sentir, notamment en termes d’emplois. La construction de la LGV a mobilisé plus de 8 000 personnes, au plus fort du chantier à l’été 2013, dont 2 000 locaux. Conducteurs d'engins, coffreurs-brancheurs, canalisateurs..., Cosea, le consortium chargé de construire la LGV Tours-Bordeaux a embauché à tour de bras depuis le début du chantier en 2012. Et, pour que les locaux et les chômeurs en profitent, les collectivités, qui participent pour la plupart à hauteur de 20 % au financement, avaient demandé à bénéficier d'importantes retombées économiques pour leurs territoires. A cet effet, une charte emploi/formation entre tous les acteurs, Etat, conseils généraux, régionaux, Pôle Emploi... et Cosea a été signée. Dans cette charte, il est notamment prévu d'aider à la réinsertion professionnelle un public très éloigné de l'emploi. 10 % du volume horaire des travaux a été réservé à des personnes en difficulté d'insertion. Des chômeurs ont ainsi pu trouver du travail et acquérir des compétences. La plupart sont néophytes dans ces métiers. Par exemple, pour les conducteurs d'engins, une formation à la fois théorique et pratique de 350 heures leur a été offerte. Plus de 700 chômeurs ont ainsi pu se former à des métiers comme celui de conducteur d’engins, avec un diplôme à la clé (CAP). Le succès est tel que Cosea a été bien au-delà des exigences des collectivités. Au 1er juin 2014, selon Cosea, le chantier de la LGV a généré un chiffre d’affaires de plus de 720 millions d’euros pour les entreprises sous-traitantes situées sur les six départements traversés par la ligne. Certains chômeurs seront embauchés en CDI à l’issue du chantier par Vinci.

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